En ces temps sans précédent que nous présente la pandémie mondiale, le troisième PAU, « Accompagner les jeunes dans la création d’un avenir porteur d’espérance », est devenu encore plus important qu’auparavant. De nombreuses écoles font un travail incroyable pour accompagner leurs élèves en ces temps étranges. Dans le but de faire écho et de partager certaines des merveilleuses façons dont les écoles des différentes provinces jésuites ont accompagné leurs élèves au cours des derniers mois, nous avons invité les délégués à l’éducation du monde entier à partager quelques réflexions de leurs provinces. Dans cet article, le Père Sylvain CARIOU-CHARTON, Délégué du Provincial EOF pour les établissements jésuites en France en JECSE, nous fait part du travail que les écoles de son pays ont accompli pour accompagner leur jeunesse au cours des derniers mois.

 

1.Quel est votre avis général sur le PAU n°3 maintenant que notre système éducatif a été contraint de s’adapter à une « nouvelle normalité » ?

–          Qu’est-ce qui nous attend ? nous l’ignorons !
–          Que va-t-il se passer ? nous ne parvenons pas le prévoir !

Mais je suis certain d’une chose : plus que jamais, nous avons besoin d’éduquer à l’Espérance ! C’est le sens principal que je donne à la troisième PAU : « Cheminer avec les jeunes  – Accompagner les jeunes vers un avenir porteur d’espérance »

Espérer contre toute espérance (Rm 4.18)

Tel est le message principal que j’ai souhaité partager au début d’année scolaire dans un message aux communautés éducatives. L’Espérance : comme vertu… et comme vertu théologale. Elle se distingue de l’espoir qui déjà a de l’importance : « J’ai l’espoir que la pandémie trouvera une fin ». Mais l’Espérance touche à des profondeurs plus grandes du cœur humain, elle touche à la fibre de vie : « J’espère que la Vie triomphera de la mort ! » Ainsi que le dit l’Ecriture Sainte, elle est  « comme une ancre sûre et solide pour l’âme ; elle entre au-delà du rideau, dans le Sanctuaire où Jésus est entré pour nous en précurseur. » (Hb 18,20)

C’est-à-dire qu’elle est le lien qui nous relie à un invisible, à la dimension transcendante de nos vies et de ce monde. Ce n’est pas pour rien qu’on la représente symboliquement comme une ancre ! Elle est aussi une grâce que nous pouvons demander dans la prière et nous souhaiter les uns aux autres.

Je pense que nos jeunes ont besoin de trouver près d’eux des femmes et des hommes d’Espérance ! Soyons de ceux-là. Sachons la cultiver dans notre cœur, comme une plante fragile mais tenace… et sachons en partager les fruits aux jeunes qui nous sont confiés. Dans l’acte éducatif, dans la transmission des savoirs, dans le relationnel quotidien. Soyons de ces descendants d’Abraham qui, comme lui, sont capables « d’espérer contre toute espérance. » (Rm 4,18)

 

2. Pourriez-vous nous donner quelques exemples de la manière dont les écoles de votre Province ont accompagné et pris soin des élèves ? Quelles mesures avez-vous prises, vous et vos écoles ?

Notre Réseau Loyola Éducation se caractérise par sa vigueur, son inventivité et une énergie pédagogique et éducative très remarquable. Nous avons pu le constater lors des plus durs épisodes du confinement et du déconfinement. L’inventivité, la conscience professionnelle des professeurs et des salariés et l’adaptabilité de tous, à commencer par les équipes de direction, ont permis d’assurer la continuité pédagogique et l’attention au devenir des enfants et adolescents qui nous sont confiés.

Quelles furent les principales étapes dans cette période de confinement, j’en mentionnerai 3 :

1/ En début de confinement, forte mobilisation, avec souvent un excès d’investissement et des objectifs trop ambitieux. Donc les élèves ont parfois été déboussolés, et les professeurs en surchauffe.

2/ Une phase de régulation, de la part des professeurs, jusqu’aux vacances de printemps. On a trouvé le bon rythme côté enseignants. On a porté beaucoup d’attention à garder le lien avec les élèves et les parents. Grande vigilance sur les décrocheurs ou les « absents ». Grandes opérations d’appels téléphoniques. On a aussi été attentif aux conditions d’apprentissage dans les familles (par exemple un ordinateur pour plusieurs enfants, parfois partagé avec les adultes, parents en télétravail, fratrie). Par exemple notre établissement à Saint-Chamond a fourni une vingtaine de PC reconditionnés à des familles mal équipées. Parfois des cours en version papier ont été transmis aux familles (à Reims, à Marseille dans notre école en quartier populaire). Il y a eu aussi beaucoup d’attention sur certains publics (les élèves de 14-15 ans en début de voie professionnelle) plus fragiles. Les parents n’ont pas eu toujours le temps ou les capacités d’accompagner les études de leurs enfants. Il fallait aussi avoir cette attention.

3/ Une phase « course de fond », au retour des vacances, où la motivation et l’investissement des élèves a pu s’émousser avec la longueur du confinement, l’absence d’évaluation et la perspective assez lointaine du retour en classe. Ce fut aussi dur à vivre pour les parents, quelle que fut leur bonne volonté.

Au plan pédagogique, on a relevé la créativité des équipes (variété des outils utilisés, mutualisation entre professeur de même matière, propositions faites au élèves), le souci de s’adapter aux conditions imposées par la pandémie, l’entraide aussi vis-à-vis des collègues moins aguerris sur le numérique. C’était remarquable ! Il y aura certainement de bonnes choses à garder pour la suite.

La pastorale a aussi été très présente, à distance, auprès des élèves et des familles, pour les différents temps liturgiques vécus en confinement :  la fin du Carême, la Semaine Sainte et Temps Pascal. Mobilisation, soutien et créativité sont là aussi à souligner. On peut ici remercier les équipes d’animation pastorale.

On notera que toutes nos écoles ont été aussi mobilisées pour les accueils des enfants de soignants, avec des effectifs assez variables. Parfois jusqu’à un trentaine d’enfants chaque jour. Cet accueil a aussi pu s’organiser durant les vacances scolaires.

Mais la frustration a grandi avec la durée de l’enseignement à distance. Les évaluations ont été stoppées mi-mars. Il y avait interdiction de mettre des notes aux élèves en phase de confinement. Cela a aussi permis de questionner le type d’évaluation à pratiquer : comment tenir compte de l’assiduité et de l’investissement de l’élève par exemple ?

En conclusion, il est certain que tout le monde a eu plaisir à se retrouver pour la rentrée scolaire en septembre 2020. Malheureusement de nouvelles phases de confinement arrivent et l’avenir reste incertain. La fatigue se fait beaucoup ressentir.

 

3. Selon vous, quels ont été et sont encore les principaux défis de ce PAU pour les écoles de votre région ?

J’ai déjà évoqué dans la première question toute l’importance d’éduquer à l’espérance. C’est pour moi le challenge principal. Nous vivons dans des sociétés qui semblent se fragiliser. La violence augmente par endroit, et les esprits sont choqués par les attentats réguliers qui frappent. Dernièrement en France, un professeur d’histoire-géographie (M. Samuel PATY) a été assassiné à la sortie de l’école par un jeune musulman radicalisé qui ne supportait pas l’idée de la liberté d’expression.

Tout ce climat suppose d’aider nos jeunes à comprendre le contexte dans lequel ils vivent. De les soutenir dans leur identité par une éducation au dialogue. Nous avons aussi à creuser le thème de la réconciliation.

Tout cela devient essentiel pour soutenir le développement intégral de nos élèves. En plus des savoirs qu’ils doivent acquérir, il est indéniable que le travail éducatif sur les savoir-être sont devenus essentiels.

Je crois que sur ces enjeux nous avons à entreprendre un énorme travail pour former aussi nos enseignants.

 

4. Que conseilleriez-vous aux autres écoles/provinces de prendre en considération, tout en utilisant ce PAU comme objectif pour leur travail ? C’est-à-dire, comment pouvons-nous mieux accompagner nos élèves ou pourquoi pensez-vous que cela est si important ?

Il est très difficile de donner un conseil aux autres ! Je ne le ferai pas. Je pense juste que des taches fondamentales de l’éducation sont réellement universelles et doivent être répandue partout. Par exemple : l’usage de la raison, le juste usage de l’analyse critiquee, la culture du débat, le respect de l’opinion des autres, l’aptitude à être soi-même et à chercher la Vérité ensemble. D’un autre point de vue, il y a aussi l’aptitude à choisir qui est très important pour des jeunes. C’est l’enjeu de l’orientation : de leurs études, de leur avenir professionnel et de leur propre vie !

Concernant tous ces enjeux, je pense vraiment que notre Pédagogie Jésuite peut nous aider. Nous avons à approfondir notre connaissance des Exercices spirituels de Saint Ignage et à travailler pour trouver le moyen de les traduire en dispositifs pédagogiques valables pour aujourd’hui. Ce fut toujours une tâche pour nos Ecoles, et cela reste ainsi.

Il y a là un challenge pour le réseau français des écoles, mais sans doute aussi pour beaucoup d’autres !